La légende fondatrice de l’acoustique. Rapportée par Nicomaque de Gérase (puis reprise par Boèce), elle raconte que Pythagore, passant devant une forge, entendit les marteaux des forgerons produire entre eux des consonances. Intrigué, il aurait pesé les marteaux et découvert que les intervalles correspondaient aux rapports de leurs poids — 12, 9, 8, 6 donnant l’octave, la quinte et la quarte.

Le sel de l’histoire

Elle est physiquement fausse. La hauteur d’un son ne varie pas proportionnellement au poids du marteau qui frappe. Pour une corde, par exemple, la fréquence croît comme la racine carrée de la tension : il faut quadrupler la tension pour monter d’une octave, pas la doubler. Le mythe fondateur de la musique-nombre est donc acoustiquement impossible.

Ce sont les ratios pythagoriciens obtenus au monocorde (par division d’une corde, où la longueur donne bien 2:1, 3:2…) qui sont, eux, parfaitement exacts. L’intuition était juste ; la mise en scène, inventée.

L’épilogue (et une boucle savoureuse)

C’est Vincenzo Galilei — le père de Galilée — qui, au XVIe siècle, démonte la légende. Luthiste et théoricien, il suspend des poids à des cordes et mesure : pour gagner une octave il faut quadrupler la tension, non doubler le poids (la fréquence varie comme la racine de la tension, et pour les tuyaux comme le cube du volume). L’expérience contredit la belle histoire des marteaux — un des premiers cas où la mesure l’emporte sur l’autorité antique.

Et voici la boucle : ce même Vincenzo Galilei appartenait à la Camerata florentine, ce cercle d’humanistes qui rêvait de ressusciter la monodie chantée des Grecs — et dont les expériences donneront naissance à l’opéra vers 1600. L’homme qui réfute le mythe antique est ainsi, par le même élan humaniste, l’un des accoucheurs de la musique moderne. On le retrouvera à la fiche 6 · La basse continue et la naissance de la tonalité.