Fil : comment une gamme entière naît d’un seul intervalle, la quinte ; et pourquoi le demi-ton n’est pas la moitié d’un ton.

Le principe : l’équivalence d’octave

Deux sons distants d’une octave (rapport 2:1) sont perçus comme « le même son » à hauteur différente — la même classe de hauteur. C’est ce qui autorise le repliement : chaque fois qu’un calcul nous fait sortir de l’octave de référence, on multiplie ou divise par 2 pour y revenir, sans changer la note. C’est l’outil de base de toute la construction.

Engendrer la gamme par empilement de quintes

On part d’une note (Do = 1) et on ne se sert que de la quinte pure (3:2), repliée dans l’octave quand il le faut :

QuinteNoteValeur bruteReplié dans l’octave
−1Fa2/34/3
0Do11/1
+1Sol3/23/2
+29/49/8
+3La27/827/16
+4Mi81/1681/64
+5Si243/32243/128

Six quintes enchaînées — Fa – Do – Sol – Ré – La – Mi – Si — suffisent à produire les sept notes. Remises dans l’ordre, elles donnent la gamme :

DegréNoteRapport≈ cents
IDo1/10
II9/8204
IIIMi81/64408
IVFa4/3498
VSol3/2702
VILa27/16906
VIISi243/1281110
VIIIDo2/11200

Le résultat : T – T – S – T – T – T – S

En mesurant l’écart entre degrés voisins, on ne trouve que deux intervalles : le ton (9/8) et un demi-ton (256/243).

PasIntervalleNature
Do→Ré9/8ton
Ré→Mi9/8ton
Mi→Fa256/243demi-ton
Fa→Sol9/8ton
Sol→La9/8ton
La→Si9/8ton
Si→Do256/243demi-ton

Soit ton – ton – demi-ton – ton – ton – ton – demi-ton. C’est le profil de la gamme diatonique, obtenu sans rien décréter : il tombe de l’empilement des quintes.

Le tétracorde

Les Grecs ne pensaient pas la gamme d’un bloc mais par tétracordes : quatre notes couvrant une quarte (4/3), dont les deux notes extrêmes sont fixes et les deux intérieures mobiles — leur position définit le genre (diatonique, chromatique, enharmonique → voir Les modes grecs originels).

Le tétracorde diatonique vaut deux tons + un demi-ton, et c’est exactement une quarte :

9/8 × 9/8 × 256/243 = 4/3

L’octave se lit alors comme deux tétracordes encadrant un ton de disjonction :

[ Do · Ré · Mi · Fa ] + Fa→Sol (ton) + [ Sol · La · Si · Do ]

soit (T T S) – T – (T T S), qui redonne bien le profil complet. La gamme n’est pas une suite arbitraire de sept notes : c’est une structure symétrique, deux quartes articulées par un ton.

Ton et demi-ton : le demi-ton n’est pas la moitié du ton

Le point technique essentiel. Le ton vaut 9/8 (la quinte moins la quarte), et dans l’accordage pythagoricien tous les tons sont égaux. Mais le demi-ton se dédouble :

  • le limma (demi-ton diatonique) = 256/243 ≈ 90 cents — ce qui reste d’une quarte quand on lui ôte deux tons ;
  • l’apotome (demi-ton chromatique) = 2187/2048 ≈ 114 cents — ce qui reste d’un ton quand on lui ôte un limma.

Donc :

ton = limma + apotome, et apotome − limma = comma pythagoricien

Le ton ne se coupe pas en deux moitiés égales : il se partage en un petit et un grand demi-ton, dont l’écart est précisément le comma (≈ 24 cents) rencontré dans ratios pythagoriciens.

Conséquence directe et lourde de suites : le dièse n’égale pas le bémol voisin. Do♯ (un apotome au-dessus de Do, 114 c) est plus haut que Ré♭ (un limma au-dessus de Do, 90 c) — d’un comma exactement. Sur un clavier à hauteurs fixes, il faudra choisir, mentir un peu, ou tempérer. C’est ici que commence le problème que résoudra le tempérament.

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