Quatre pièces qui couvrent le siècle, du sacré au profane et du nord au sud.

  • Josquin des PrezAve Maria… virgo serena (motet, v. 1485). Le manifeste de la polyphonie franco-flamande : points d’imitation successifs, voix égales, transparence parfaite. À écouter pour comprendre, en cinq minutes, ce qu’est l’imitation contrapuntique.
  • PalestrinaMissa Papae Marcelli (v. 1562). Le modèle même de la polyphonie sacrée mature : texte audible, lignes limpides, pas une dissonance qui ne se résolve. Sommet du « stile antico ».
  • Thomas TallisSpem in alium (v. 1570). Un motet à quarante voix réelles (huit chœurs de cinq voix), prouesse d’architecture sonore. L’oreille s’y perd, et c’est l’effet recherché.
  • Carlo GesualdoMoro, lasso, al mio duolo (madrigaux, livre VI, 1611). À l’autre bord du siècle, l’extrême chromatique : des enchaînements harmoniques qui ne s’expliquent plus par les modes et qui, écoutés sans contexte, paraissent presque modernes.

Pour les entendre

  • The Tallis Scholars, dir. Peter Phillips — la référence incontestable pour Palestrina, Tallis et Josquin. Leur tout premier enregistrement (1980), Allegri : Miserere ; Palestrina : Missa Papae Marcelli (Gimell CDGIM 339, remasterisé en 2007), reste le disque par lequel commencer. 🎧 Intégrale en ligne (avec chapitrage par mouvement) : https://www.youtube.com/watch?v=6RfiPXiXneY
  • La Venexiana, dir. Claudio Cavina — l’intégrale des six livres de madrigaux de Gesualdo, chez Glossa. La version la plus tranchante, qui ne ménage pas la violence harmonique.

Une boucle pédagogique

La Missa Papae Marcelli est devenue, dès le XVIIIe siècle (avec le Gradus ad Parnassum de Johann Joseph Fux, 1725), le modèle même du contrepoint qu’on enseigne encore aujourd’hui aux étudiants en composition. Toute personne qui a appris l’harmonie classique a, sans le savoir, appris du Palestrina simplifié.